Raymond Puy était né en 1914 et avait grandi au cœur du village de Saint-Chaffrey, au sein d’une famille où il avait acquis très vite les valeurs du travail et de la solidarité.
Il aimait à raconter ses premiers maîtres d’école qui lui avaient inculqué les principes auxquels il resta attaché toute sa vie et à qui il vouait une admiration tout empreinte de respect. Confronté, comme bien d’autres à l’époque, aux dures nécessités de la vie, il avait quitté l’école après le certificat d’études pour «prendre» un métier , un métier alors tout nouveau, celui d’électricien…
Il s’évadait souvent vers Le Villard où il retrouvait Adeline, qui allait devenir la fidèle et précieuse compagne de toute sa vie. En effet, en 1937, le Maire Antoine Guidon recevait le consentement mutuel des deux jeunes gens. Dès cette époque, Raymond et Adeline reprenaient, à coté du célèbre Pont-Levis de Saint-Chaffrey, le commerce de la famille Bès, l’épicerie-café auquel, par leur disponibilité et la qualité de l’accueil, ils donnèrent un impulsion nouvelle et qui devint vite un lieu de rencontre privilégié qu’ils allaient tenir aussi longtemps que leur permettraient leurs forces!
Parallèlement, Raymond participait à la construction du futur téléphérique de Serre-Chevalier; très rapidement il en avait compris l’enjeu et s’y était adonné avec beaucoup de conviction et d’enthousiasme. De cette expérience venait certainement tout l’intérêt que sa vie durant, il montra pour nos Remontés Mécaniques.
Vint la guerre et ses sévices, le village incendié, la population meurtrie: Raymond quittait alors son téléphérique pour fonder sa propre entreprise d’électricité qui participa à la reconstruction du bourg et dont la notoriété dépassa bien vite les limites de la commune.
A Pont-Carles, la petite usine électrique qui, dès 1914, avait éclairé toute la commune s’essoufflait dangereusement. Déjà, en 1940, elle avait confié à la R.E.B. (Régie Electrique Briançonnaise) la distribution du courant. Avec une équipe d’amis il reprenait la scierie et la centrale qu’ils rénovèrent. Par la suite, il racheta la part de ses amis dispersés par la vie, loin de Saint-Chaffrey et la micro centrale devint alors l’objet de tous ses soins. Son sens de la communication, la prise en compte de l’avenir du Pays le guidèrent tout naturellement vers la vie publique. Dès les années 50, il fut conseiller municipal et le resta 25 ans au cours desquels il fut, deux mandats durant un Premier Adjoint du Maire proche de ses administrés. Son activité et son audience dépassèrent rapidement le champ communal.
Le réseau de distribution électrique vétuste était devenu obsolète: pressentant déjà tout l’intérêt d’une gestion intercommunale, Raymond faisait entrer notre commune au sein du S.I.E.B. (Syndicat Intercommunal d’Electrification du Briançonnais), créé en 1927, et dont l’objet était l’électrification des communes rurales et dont il devint le Président. Grâce à l’aide du Syndicat, Saint-Chaffrey sera doté alors d’un nouveau réseau capable de répondre aux exigences de plus en plus importantes et diversifiées des usagers.
Acteur de la vie économique, il devint, en 1965, administrateur de la jeune caisse locale du Crédit Agricole. Il devait devenir par la suite un Président dont les avis et les positions étaient toujours très appréciés.
Ses collègues le proposèrent ensuite au Conseil d’Administration de la Caisse Régionale où il siégea de longues années. Il compta parmi les fervents partisans du rachat par la Commune de la concession qui exploitait alors nos Remontés Mécaniques. A ce titre, il participa à la création de la première Régie et fut pendant de longues années un membre de son Conseil d’Administration. Son expérience fut très précieuse. Il assista ainsi à la naissance de notre téléphérique.
L’âge de la retraite sonnant, Raymond confia à chacun de ses quatre enfants une part des activités familiales qu’il avait créées et que ceux-ci continuent aujourd’hui avec bonheur. Toutefois, il demeura éminemment présent dans la cité: il fut, autour d’une équipe enthousiaste et active, le Président-Fondateur du Club-Rencontres des Aînés. Même après avoir passé la main à son jeune ami Fortuné Astier, il en resta le Président d’Honneur.
Alors que, au cours des dernières décades du siècle passé, les services de la médecine évoluaient et que se mettaient en place des structures médicales ou paramédicales nouvelles, il fut membre de l’association A.D.M.R(Aide à Domicile en Milieu Rural), membre du C.O.D.E.R.P.A., pour l’assistance aux personnes handicapés.
Son attachement à sa commune et à son patrimoine, sa longue et enrichissante expérience avaient fait de notre ami un témoin que l’on aimait à consulter, un sage dont les avis et l’analyse étaient remarquablement pertinents et justes.
Mais, implacable, la maladie guettait le couple: Raymond devait réduire ses activités et Adeline, après une longue et cruelle épreuve, s’en allait. Raymond, douloureusement affecté, malgré l’attachement de tous les siens et les soins dont il était entouré nous quittait à son tour le 8 septembre 2003.